Pesticides dans les logements: Des moutons qui n’ont rien de BIO

L’association Générations Futures vient de publier l’enquête EXPPERT 6, une enquête sur les pesticides perturbateurs endocriniens présent dans les habitations des riverains de vignes, de vergers et de champs de céréales.

Les kits de Home Testing ont été utilisés pour la collecte des poussières, en Juillet 2015, dans une série de 22 logements puis les analyses ont été réalisés par les experts scientifiques de Kudzu Science. Une première campagne de prélèvement a été réalisée pendant la période estivale et un total de 61 pesticides (insecticides, herbicides et fongicides), utilisés en viticulture, pomiculture et céréaliculture, ont été recherchés dans les poussières prélevées à l’aide du dispositif breveté DUSTREAM Collector. Parmi les 61 molécules recherchés, 31 sont des perturbateurs endocriniens potentiels (cf liste sur le site www.endocrinedisruption.org).

Les résultats sont très inquiétants:

  • Tous les logements sont contaminés
  • 75,4% des pesticides recherchés ont été détectés au moins 1 fois
  •  3 pesticides sont retrouvés dans 100% des prélèvements: perméthrine (insecticide), diméthomorphe (fongicide) et téboconazole (fongicide)
  • La moitié des habitations étaient contaminées avec plus de 18 pesticides différents et plus de 4500 ng de pesticide par gramme de poussière (1 g = 1 Milliard de ng)
  • Le nombre de pesticides retrouvés par logement variait entre 8 et 30 et la concentration de pesticide entre 270 (20 pesticides) et 112 673 (28 pesticides) ng de pesticides par gramme de poussière
  • Les prélèvements réalisés chez les riverains de vergers présentent un nombre moyen de pesticide (26 pesticides) plus élevé que les ceux collectés chez les riverains de vignes (23,8 pesticides) et que ceux obtenus chez les riverains de cultures de céréales (14,4 pesticides)
  • Parmi les pesticides présents dans les échantillons, en moyenne 63,9% sont des molécules suspectés d’avoir des effets de perturbation du système hormonal. Cependant, ces perturbateurs endocriniens représentent plus de 98% de la masse de pesticides quantifiés.

En conclusion, les logements sont contaminés par de multiples résidus de pesticides présent en quantité importantes. L’exposition chronique et quotidienne a ces substances est une réalité pour les riverains d’exploitation agricoles utilisant des pesticides. Cette exposition est d’autant plus problématique qu’une très grande partie des molécules détectés sont des perturbateurs endocriniens potentiels ayant des effets dès les faibles doses.

Plusieurs des pesticides recherchés étaient commun avec ceux de la liste des Composés Organiques Semi-Volatils recherchés dans l’étude de l’OQAI sur les logements Français publiée en 2015: permethrine, chlorpyrifos, cyperméthrine, oxadiazon, diazinon et endosulfan-alpha. Les fréquences de détection pour ces pesticides dans l’enquête EXPPERT 6 sont très proches des résultats obtenus par l’OQAI sur 145 prélèvements de poussière déposée au sol. Cette cohérence démontre le sérieux et la fiabilité des méthodes utilisées (prélèvement et analyse), et ne peut que renforcer les conclusions apportées.

Pour compléter l’enquête, une seconde campagne de prélèvement a été réalisée en Janvier 2016, chez 5 volontaires ayant participé à la première campagne de mesure. Les résultats obtenus montrent:

  • Entre 14 et 30 pesticides sont présents pour des concentrations comprises entre 529 et 41745 ng de pesticides par gramme de poussière
  • Une diminution de la quantité de pesticides comprise entre -30 et -95%
  • Entre 52 et 93% des pesticides présents dans les échantillons de la campagne estivale ont été retrouvés dans les échantillons de la période hivernale
  • En grande majorité les concentrations des pesticides ont diminués entre les deux campagnes
  • plusieurs pesticides ont vu leur concentration augmenter, parfois de manière très importante 
  • Entre 1 et 7 pesticides sont apparu et n’avaient pas été détectés dans les échantillons prélevés en été

Ces résultats sont particulièrement alarmant car ils démontrent une persistance des pesticides dans l’environnement intérieur des logements pour une période supérieure à 6 mois. Les habitants sont donc exposés toute l’année car la période d’épandage reprend à partir de mars … De plus l’apparition de nouveaux pesticides et l’augmentation de la concentration de plusieurs molécules indiquent une contamination de l’environnement intérieur intervenue entre les deux campagnes de prélèvements.

Même si le nombre de logement testé est réduit, cette enquête démontre bien qu’il est important de protéger les d’école, les habitations et les agglomérations des retombées des pulvérisations des pesticides. Il est grand temps d’agir par exemple en 1) définissant des zones protégées et en interdisant les pulvérisation à proximité de ces zones, 2) en retirant les autorisations de mises sur le marché des molécules suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, au moins jusqu’à démonstration du contraire, 3) en informant les utilisateurs sur les risques sanitaires qu’ils courent en manipulant ces produits et qu’ils font courir aux populations victimes d’une exposition collatérale.

Le plan Ecophyto 2018 n’est pas une réussite et son objectif de réduction de 50% des quantités utilisées a été reconduit en 2025. Espérons que cette fois, les ventes de pesticides diminueront et que des méthodes de production moins consommatrices de produits phytosanitaires se développeront à grande échelle. Rappelons enfin que c’est le consommateur qui a le pouvoir dans ses mains: privilégier le bio et les circuits courts.

Depuis sa création en 2010, Kudzu Science s’est fixé pour mission de répondre aux besoins croissants d’un public de plus en plus concerné par les problèmes de pollution et de son impact sur la santé. Pour évaluer la contamination de son logement pas les pesticides, Kudzu Science a développé une gamme de kits d’analyse de pesticides dans la poussière. Retrouvez les informations sur ces kits d’analyse sur le site internet de Kudzu Science.

Mots clés: pesticide, analyse de poussière, contamination logement, perturbateur endocrinien

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